Jean-François RIONDET

 

Seuls, ceux qui participent aux stages le connaissent. Mais les autres en ont entendu parler. Jean-FrançoisRiondet, 6e dan, est un grand, très grand (1,95 mètre) aïkidoka. Musclé, aussi. Il possède une stature qui lui aurait permis de faire un tabac au karaté ou à la boxe. Et pourtant, c'est l'aïkido qu'il a choisi. Lorsqu'il s'exerce, Jean-François fait allègrement virevolter ses poignets. Entraînant avec doigté son uke.

 

«L'aïkido m'a fait découvrir une certaine sensibilité enfouie au fond de moi-même, explique Jean-François avec l'accent chantant du Sud de la France. Cet art martial m'a fait réfléchir sur mon sort et m'a permis d'être moi-même. Au fond qu'est-ce qui compte dans la vie? Ce sont les amis, les enfants, la famille. Et même lorsque je n'ai pas le moral, je fais le point et j'estime que je n'ai pas le droit de me plaindre.»

En 1964, Jean-François, alors âgé de 14 ans, est expédié par sa mère à Paris pour qu'il achève ses études. En effet, plus aucun collège marseillais ne veut accueillir cet élément perturbateur. Une fois dans la capitale française, il va pour s'inscrire à des cours de judo. Mais à la dernière minute, il change d'avis: «L'aïkido? Pourquoi pas. Je n'avais pas la moindre idée de ce que cela pouvait être. Alors j'ai eu envie de voir», explique celui qui deviendra un fervent pratiquant. Pendant dix ans, Jean-François suit avec assiduité les cours de Maître Nocquet, à Paris. Il devient son assistant et le suit tous les étés à La Baule. C'est là qu'il rencontre Sensei Kobayashi. Et comme pour Jean-Marc, ce sera l'électro-choc. «J'ai été étonné par sa prestance et son charisme, commente ce Marseillais. Lorsque ce petit homme au crâne rasé, doté d'une petite moustache, a fait son entré dans le dojo, il y avait foule. Mais tout le monde s'est tu. Même les judokas qui sont plutôt grande gueule!»

"Love Hotel"

Complètement séduit par Maître Kobayashi, Jean-François lui emboîte le pas dans sa tournée européenne. Mais comme il ne fait pas les choses à moitié, il veut remonter aux sources de l'aïkido. A 25 ans, il s'envole pour le Japon, un aller simple en poche. Il arrive à la nuit tombée à Osaka et ne trouve qu'un dojo désert. Le Bu Iku Center est pourtant la seule adresse qu'il possède au Japon. Il se rabat donc sur l'hôtel le plus proche. Il s'agit d'un «love hôtel», un établissement qui accueille les couples adultères. Le lendemain, Jean-François se présente à nouveau au dojo. Il sera pris en charge par Maître Naryama, un Aïkidoka qui suit le double enseignement Kobayashi et de Tomiki (le seul sensei qui ait développé la compétition en aïkido). Une fois encore, Jean-François Riondet se donne à fond: il pratique l'aïkido huit heures par jour. Que ce soit dans des dojos privés, à l'université et même à l'école de police d'Osaka, où Maître Kobayashi l'enseigne aux cadres.

Que des pâtes !

Un régime dur qu'il ne supportera pas: en effet, comme il ne se nourrit que de pâtes, il manque de vitamines et finit par tombé malade. Et pour couronner le tout, il a un accident de moto en se rendant à un cours. Dans les deux cas, il pourra compter sur ses amis japonais.

Entre deux entraînements, il rencontre Tomoko, qui deviendra sa femme. «Mais je n'ai jamais séché de cours», affirme-t-il. Seulement voilà, en 1978, Jean-François a épuisé son pactole et son visa parvient à échéance. Il doit rentrer chez lui, à Gardanne, près de Marseilles. Mais il retournera au Japon pendant trois mois pour se marier.

Après avoir créé et dirigé une régie d'espaces publicitaires spécialisées dans l'environnement, Jean-François est aujour d'hui à la tête d'un café-restaurant au coeur de Gardannes. Il est aussi le père d'un garçon, Jean-Téobald (Ko, en japonais), et d'une fille, Ingrid (également appelée Sei).