Jean-Marc VOEGELI

Il est grand, blond. Il ne porte pas de chaussures noires, mais des lunettes épaisses. Si épaisses, que l'on se demande toujours comment il fait pour voir lorsqu'il est sur le tatami, puisqu'il les enlève. Et pourtant, aucune erreur n'échappe à son oeil de lynx. Jean-Marc Voegeli est le "founding father" de l'Aïkido Osaka Genève qu'il a vu grandir depuis 1982.

Jean-Marc prend ses premiers cours en 1971 chez un maître aujourd'hui disparu, puis dès 1976 dans un dojo niché au quatrième étage de la maison de quartier de Saint-Gervais. Le club rassemblait une poignée d'élèves sans véritable professeur et ce fan d'aïkido complète sa formation par des cours intensifs de judo et de karaté. Jean-Marc n'aime pas faire les choses à moitié.

A la fin des années 1970, il s'entraîne de manière intensive et trouve le temps de pratiquer deux à trois fois par jour, dans plusieurs dojos, qui ne lui ont paradoxalement pas laissé un souvenir impérissable. C'est pour palier à cette absence de chaleur humaine sur les tatamis visités qu'il se décide à créer en 1981 l'Aïkido Osaka-Genève. Petite anecdote : le nom de l'association fût choisi par maître Kobayashi lui-même, qui lui donna à cette occasion le droit à l'usage de son sigle " l'ame no uke ashi ", ce rond blanc croisé de rouge que la croix rouge tenta vainement de lui faire abandonner.

Au début des années 1980, il se lance à fond dans l'aïkido il assure entre 16 et 18 cours par semaine (matin et soir) pendant huit ans. Ce qui représente une quarantaine d'heures d'aïkido hebdomadaires. Et entre deux cours, il trouve le temps d'apprendre le japonais. «L'objectif final est de pratiquer l'aïkido comme on respire. Sans réfléchir, explique Jean-Marc. Mais pour cela il faut apprendre les techniques, les maîtriser sur le bout du doigt pour les oublier et les faire de manière spontanée».

Transfert aux Grottes

L'Aïkido Osaka Genève s'agrandit progressivement . Alors que les locaux de la maison de quartier de Saint-Gervais changent de destination, l'Aïkido Osaka Genève occupe l'école de la rue Necker, qu'il quittera en 1987 pour s'installer à l'école des Grottes. Dans l'intervalle, il ouvre une seconde antenne au centre sportif de Sous-Moulin, à Thônex, en 1983.

Jean-Marc n'hésite pas à parcourir toute l'Europe pour suivre des stages animés par les sensei japonais les plus réputés: Maître Tamura en France et en Suisse, Maître Tada en Italie et en Suisse, Maître Sugano en Belgique, Maître Tohei, le fondateur de la Ki Society en France, en Belgique et en Allemagne ou encore Maître Ikeda, qui enseigne aujourd'hui à Zurich et bien d'autres ( Maître Asaï, maître Chiba, etc.).

«J'ai fait la connaissance de Maître Kobayashi lors d'un stage de Maître Tamura dans le Sud de la France. Et là, ce fut le flash, l'illumination: il travaillait sans force, dans une unité de corps et d'esprit totale, égal à lui-même en toute situation. Relax et minimaliste. Et puis, il mettait tous les participants sur un pied d'égalité, qu'ils soient troisième dan ou débutant, et prenait le temps d'expliquer à chacun».

Sensei Kobayashi Hirokazu

Maître Kobayashi enseignait en Europe cinq mois par année. Mais cela ne suffit pas à Jean-Marc et Kiki, sa femme. Ils décident donc de le suivre au Japon pendant trois mois, à l'automne 1979 et 1984 et au printemps 1989. Près de 400 dojos fonctionnent sous la houlette de Sensei Kobayashi, mais l'enseignement au quotidien est assuré par ses élèves. Chaque jour, il pratique donc dans plusieurs endroits différents. «Et avec les embouteillages, nous devions souvent partir à 5 heures du matin pour nous entraîner», se rappelle Jean-Marc. C'est lors de son premier voyage qu'il fût officiellement présenté à Ueshiba Kishomaru lors d'un voyage spécial à Tokyo. «C'était très impressionnant. Il nous reçu dans une immense salle en haut de laquelle il était juché, un peu à la manière de ces Daïmyo d'autrefois. Nous eûmes droit à la cérémonie du thé. Nous avions toujours peur de commettre un impair qui aurait pu faire du tord à notre professeur Kobayashi sensei.»

C'est pendant leur visite au Japon que les Voegeli ont rencontré Jean-François Riondet, un Français qui a passé plus de deux ans à suivre Maître Kobayashi dans son fief d'Osaka. C'est grâce à ce lien d'amitié qu'il vient assurer des stages à Genève.