Pierre, aïkidoka ex-ski

Il paraît vingt ans de moins que son âge -- à croire que l'aïkido conserve. Si vous voulez vous la couler douce, je vous conseille d'éviter son cours, car c'est l'un des plus physique ! Il vous charmera par sa gentillesse, intacte au fil de ses années d'enseignement. C'est l'un des professeurs les plus apprécié de ses élèves pour sa rigueur et sa gentillesse.

Pierre a commencé sa carrière de moniteur en assurant le remplacement au pied levé de Jean-Marc, parfois obligé de troquer son rôle de Grand Mukyuu pour celui de babysitter. Puis, lorsque ce dernier se consacra aux cours avancés, il assuma le cours du mardi soir à 20 heures.

Sa ponctualité à l'épreuve des aléas (jacta est ou non) météorologiques ou des problèmes de circulation, son imperturbabilité face aux débordements d'enthousiasme des fans du mardi soir ainsi que sa patience et sa gentillesse sont en train de devenir proverbiales. Il a un petit faible pour les techniques perverses en suwari waza ou les déplacements avec bokken. Pierrot fait partie des anciens qui ont débuté dans les sous-sols de la rue Necker. Auparavant, il avait pratiqué le judo (avec quelques blessures en prime), et désirait pratiquer un autre art martial. En octobre 1985, il lit une petite annonce dans la Tribune de Genève et fait un premier essai. Malheureusement, une blessure à ski l'immobilise. La deuxième tentative, en octobre 1986, sera la bonne: il n'arrêtera plus depuis. Et il gravira tous les échelons jusqu'au 2e dan, pour devenir un des piliers du club des Grottes.



Moins de ski


"J'ai demandé ma mutation dans la région pour faire du ski", avoue ce fonctionnaire qui avait commencé sa carrière dans la région parisienne. Ski de piste, de fond ou de randonnée, rien ne l'effraie: ni la traversée du Jura à ski de fond, ni l'ascension du Mont-Rose à peaux de phoque. "En réalité, depuis que j'habite ici je n'ai jamais fait aussi peu de ski. Lorsque j'habitais la région parisienne, je devais réserver une semaine de vacances, et par n'importe quel temps, je skiais. Maintenant je consulte la météo, et au moindre risque de précipitations, je reste chez moi", avoue ce skieur invétéré qui a transmis sa passion à ses deux enfants, Cécile 19 ans, passionnée d'équitation, et Marc 13 ans, fervent pratiquant de judo. Pierre n'hésite pas d'ailleurs à confronter ses techniques avec celles de son fils.


Plus d'aïki


Mais pourquoi avoir choisi l'aïkido? "D'abord parce que ce n'est jamais la même chose, note Pierre. Parce qu'il y a toujours un décalage entre ce que l'on voit et ce que l'on fait, entre ce que l'on désire faire et ce que l'on arrive à faire... "Et puis, l'aïki rayonne bien au-delà du tatami: en nous apprenant à mieux maîtriser nos nerfs, il nous permet de calmer le jeu, et d'affronter plus sereinement les situations de crise."

Pierre est un moniteur particulièrement motivant et qui sait susciter de nouvelles vocations même si elles ne sont que de courte durée. Il était une fois par une chaude soirée de mars, sur le tatami des Grottes, une bande d'aïkidoshas qui suivaient avec le plus grand intérêt les explications de leur moniteur. Un tout jeune chat, par la soif de découvertes alléché, s'en vint guigner à la fenêtre. Voulant lier connaissance avec tous ces drôles d'humains sagement agenouillés, maître chat s'avança hardiment sur le tatami et quelques mains se dirigèrent vers lui pour le caresser et lui faire des papouilles. Pierre, imperturbablement, continuait sa démonstration et arrivait à convaincre son uke de chuter. A la première chute plaquée qui secoua le tatami, le chat fut passablement surpris. La deuxième acheva complètement de le désorienter, et perdant tout ensemble le nord et son sang froid, il ne fit qu'un bond pour aller se cogner à la fenêtre à moitié fermée. Plus surpris que groggy il quitta notre club préféré en secouant sa tête et se disant que tout compte fait il ne profiterait pas du mois d'essai gratuit offert aux nouveaux membres.